3-6 ans

Le bourgeon qui voulait s’ouvrir

Au matin de Pâques, le Lapin de Pâques et le Poussin découvrent un petit bourgeon bien mystérieux.

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Au matin de Pâques, le jardin brillait comme un œuf décoré. Des tulipes rouges pointaient le bout de leur nez. Des jonquilles dansaient dans l’herbe. Très haut, les cloches volaient dans le ciel bleu en faisant tinter leurs voix légères.

Le Lapin de Pâques avançait entre les fleurs. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une grande besace pleine d’œufs peints. À ses côtés sautillait le Poussin jaune, coiffé d’un chapeau de paille un peu trop grand.

Soudain, le Poussin s’arrêta.

— Regarde, là-bas !

Au bout d’une branche, un bourgeon tout rond tremblait doucement. Il était fermé comme une petite porte verte. Entre ses écailles brillait une minuscule clochette de rosée.

— Bonjour, dit le Lapin. Comment t’appelles-tu ?

— Biscotte, répondit le bourgeon d’une voix fine. J’aimerais m’ouvrir, mais je n’y arrive pas.

Le Poussin approcha son bec.

— Peut-être qu’il te manque un peu de soleil ?

— Ou une goutte de pluie ? ajouta le Lapin.

Biscotte soupira. Sa petite clochette trembla sans faire de bruit.

— Alors, nous allons chercher ce qu’il te faut, annonça le Lapin.

Et tous deux s’installèrent près de la branche.

Le Lapin posa sa besace dans l’herbe et leva les yeux vers le soleil.

— Je me souviens d’un matin doré, raconta-t-il. Les rayons entraient entre les feuilles et réchauffaient chaque brindille. Même les petites pierres semblaient sourire.

Biscotte écoutait. Une de ses écailles se souleva un peu, puis retomba.

Le Poussin prit la parole.

— Moi, je me souviens d’une pluie très douce. Elle faisait ploc, ploc sur mon chapeau. Les gouttes glissaient jusqu’au jardin et réveillaient les graines endormies.

Une deuxième écaille frissonna.

À ce moment-là, Miette la coccinelle arriva en courant sur la branche. Elle portait une feuille de trèfle comme un petit parapluie.

— Je connais aussi un souvenir, dit-elle. Un jour, j’ai entendu de joyeux coups de bec. Toc, toc, toc ! Les poussins tapaient sur leur coquille et le printemps leur répondait.

Le Poussin sourit.

— Je peux faire pareil !

Il donna trois petits coups de bec sur la branche.

— Toc, toc, toc !

La clochette de rosée tinta enfin. Biscotte s’ouvrit d’un cheveu, mais se referma aussitôt.

— Je crois que tu as peur de t’ouvrir tout seul, murmura le Lapin.

— Alors, on restera avec toi, dit le Poussin.

Miette s’assit près du bourgeon. Le Lapin reprit son foulard et le noua doucement autour de la branche, comme un ruban.

Biscotte resta silencieux un long moment.

Puis le ciel changea de couleur. Un petit nuage passa devant le soleil et versa quelques gouttes fines. Ploc, ploc, ploc. La pluie glissa sur le foulard bleu du Lapin, sur le chapeau de paille du Poussin et sur les ailes brillantes de Miette.

La goutte la plus ronde tomba juste au cœur du bourgeon.

— Ding !

La clochette de rosée chanta si doucement que les fleurs se penchèrent pour l’écouter.

— Encore une fois, demanda Biscotte. Racontez-moi le soleil.

Le Lapin parla de la chaleur sur ses oreilles.

— Raconte-moi la pluie.

Le Poussin parla des gouttes qui dansaient sur son chapeau.

— Et les coups de bec ?

Le Poussin leva son petit bec. Cette fois, Miette frappa aussi avec ses pattes et le Lapin tapota la branche du bout de sa patte.

— Toc, toc, toc !

Au loin, les cloches de Pâques se mirent à voler plus bas. Elles passèrent au-dessus du jardin en semant des tintements, comme des graines de lumière.

La branche vibra. Une écaille verte s’ouvrit, puis une autre. Biscotte ne se pressait plus. Il avançait doucement, entouré de voix amies, de pluie légère et de soleil revenu.

— Je crois que je peux essayer, souffla-t-il.

— Nous sommes là, répondit le Lapin.

— Tout près, ajouta le Poussin.

Biscotte sembla retenir son souffle, puis il s’ouvrit.

D’abord, une petite fente apparut. Ensuite, deux feuilles tendres se déplièrent. Enfin, une fleur rose et blanche sortit de son écrin vert. Au milieu de la fleur brillait la minuscule clochette de rosée.

— Ding, ding !

Cette fois, son tintement était clair et joyeux.

Le jardin entier sembla l’entendre. Les tulipes se redressèrent. Les jonquilles hochèrent la tête. Même les cloches qui volaient dans le ciel ralentirent pour écouter.

— Tu es magnifique, dit le Poussin.

— Je me sens léger, répondit Biscotte. Merci d’être restés près de moi.

Le Lapin ouvrit sa besace et en sortit un œuf décoré de petits soleils bleus.

— Celui-ci est pour toi. Il ne se mange pas. Il se garde comme un souvenir.

Miette ajouta une minuscule goutte de pluie sur un pétale.

— Et moi, je t’offre ceci.

Le Poussin posa une plume jaune au pied de la branche.

— Pour ne pas oublier les joyeux coups de bec.

Alors, tous trois s’assirent dans l’herbe. Ils regardèrent la fleur danser dans la brise. Au-dessus d’eux, les cloches reprirent leur vol. Le jardin sentait le printemps, la terre mouillée et les œufs en chocolat.

Biscotte fit tinter sa petite clochette une dernière fois.

— Ding.

Et le matin de Pâques continua, doux et lumineux.

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