6-9 ans

Le carillon du pommier

Au matin de Pâques, un Lapin, un Poussin et leurs amis cherchent les sons du printemps pour réveiller un carillon muet.

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Au matin de Pâques, le jardin brillait de rosée. Les tulipes ouvraient leurs corolles rouges, jaunes et roses. Sur l’herbe, des œufs décorés luisaient comme de petits trésors.

Le Lapin de Pâques avançait entre les massifs. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une grande besace sur l’épaule. À ses côtés trottinait le Poussin, jaune comme un rayon de soleil, avec son chapeau de paille un peu de travers.

« Il ne reste plus qu’un œuf à cacher », dit le Lapin.

Ils arrivèrent près du vieux pommier. Une jolie branche basse portait un petit carillon. Ses clochettes étaient rondes, brillantes et attachées par des rubans de toutes les couleurs.

Le Poussin leva le nez.

« Il est très beau. Pourquoi ne chante-t-il pas ? »

Le Lapin toucha doucement une clochette. Elle remua, mais aucun son ne sortit.

« Peut-être a-t-il perdu sa musique », murmura-t-il.

À cet instant, une abeille se posa sur le chapeau de paille.

« Je m’appelle Miette », dit-elle. « J’ai entendu votre souci. Le carillon retrouvera sa chanson si vous lui offrez les doux bruits du jardin. »

« Comment peut-on mettre un bruit dans une clochette ? » demanda le Poussin.

Miette sourit.

« Il faut l’écouter avec attention. Ensuite, le carillon saura quoi faire. »

Le Lapin et le Poussin commencèrent par suivre le petit ruisseau qui traversait le jardin. L’eau glissait sur les pierres en faisant ploc, ploc, ploc.

Le Poussin s’assit au bord de l’eau. Il ferma les yeux.

« J’entends une chanson qui avance », chuchota-t-il.

Le Lapin trempa une petite coquille dans le ruisseau. Puis il la porta près de son oreille. Le murmure de l’eau y tournoyait comme un secret.

« Voilà le premier son », dit-il.

Ils revinrent vers le pommier et suspendirent la coquille à une branche, près du carillon. Une clochette frissonna. Ting ! Un tout petit son clair s’éleva, puis s’éteignit.

« Ça marche ! » s’écria le Poussin.

« Doucement », dit Miette. « Il manque encore deux sons. »

Elle conduisit ses amis jusqu’au carré de lavande. Des abeilles y dansaient de fleur en fleur. Bzzz, bzzz, bzzz. Miette leur parla, et les abeilles se posèrent un instant sur les pétales.

Le Poussin resta immobile. Il entendit le bourdonnement rond, doux et régulier.

« On dirait une couverture de musique », souffla-t-il.

Miette remplit une petite graine creuse d’un bourdonnement léger. Le Lapin l’accrocha au carillon.

Bzzz… ting !

Deux clochettes répondirent. Le pommier sembla sourire sous ses fleurs blanches.

« Il reste le vent », dit le Lapin.

Mais le jardin était devenu parfaitement calme. Même les feuilles ne bougeaient plus.

Le Lapin regarda les tulipes. Elles se tenaient droites, sans bouger, comme si elles retenaient leur souffle.

« Peut-être que le vent dort encore », dit le Poussin.

Il retira son chapeau de paille et le posa devant les tulipes.

« Vent, si tu veux, tu peux venir jouer avec nous. »

Rien ne se passa.

Alors le Lapin eut une idée. Il prit dans sa besace les rubans qui servaient à décorer les œufs. Avec l’aide du Poussin, il les attacha à de petites baguettes plantées dans la terre, sans serrer. Les rubans dansèrent entre les fleurs, légers comme des papillons.

Pompon le hérisson sortit de dessous un buisson.

« Que faites-vous ? » demanda-t-il.

« Nous invitons le vent », répondit le Poussin.

Pompon réfléchit. Puis il souffla doucement sur un ruban. Le ruban frémit. Une tulipe se balança. Une autre suivit.

Miette battit des ailes. Les abeilles firent circuler un petit courant d’air. Pompon souffla encore. Le Lapin agita son foulard bleu. Peu à peu, le vent se réveilla.

Froufrou, froufrou ! Il passa dans les tulipes, fit danser les rubans et courut jusqu’au pommier.

Le troisième son entra dans le carillon.

Froufrou… bzzz… ploc…

Les clochettes tremblèrent toutes ensemble. Pourtant, elles ne chantaient pas encore vraiment.

« Il manque peut-être quelque chose », dit le Lapin.

Le Poussin regarda les trois petits récipients suspendus aux branches. Puis il prit un œuf décoré, peint en bleu, et le posa sous le carillon.

« Le jardin a besoin d’un endroit pour écouter », murmura-t-il.

Tout le monde se tut.

Le jardin retint son souffle.

Alors le ruisseau murmura dans sa coquille. Les abeilles ronronnèrent dans leur petite graine. Le vent passa dans les tulipes, tout doux.

Ploc… bzzz… froufrou…

Le carillon se mit à chanter.

Ting ting ting ! Les clochettes s’envolèrent presque, retenues par leurs rubans. Elles dansèrent autour de la branche, et leurs sons se mêlèrent comme une ronde joyeuse.

Les fleurs se balancèrent. Les œufs décorés brillèrent au soleil. Même le vieux pommier sembla rire sous ses pétales blancs.

Le Lapin ouvrit sa besace et en sortit le dernier œuf de Pâques. Il était violet, avec de petits pois dorés.

« Celui-ci est pour le carillon », dit-il.

Le Poussin accrocha l’œuf au-dessous des clochettes. Le vent le fit tourner lentement.

Pompon leva ses petites pattes. Miette dansa dans un rayon de lumière.

« Maintenant, le jardin connaît sa chanson », dit le Poussin.

Le Lapin sourit.

« Et chaque matin, il pourra la recommencer. »

Ils repartirent cacher les œufs dans l’herbe, sous les feuilles et derrière les fleurs. Derrière eux, le carillon continua de tintinnabuler.

Ting ting ting…

C’était une musique douce, assez légère pour accompagner les oiseaux, assez joyeuse pour réveiller le printemps. Et, lorsque le soleil monta dans le ciel, le petit œuf violet tourna doucement, comme s’il saluait tous les enfants qui allaient bientôt le trouver.

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