Le dernier œuf des cloches
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Au matin de Pâques, le jardin sentait l’herbe fraîche et les fleurs de pommier. Le Lapin de Pâques, brun comme une noisette, portait son foulard bleu et sa besace pleine d’œufs colorés. À côté de lui, le Poussin jaune remettait son chapeau de paille bien droit.
Ils avaient presque fini de cacher les œufs quand un tintement passa dans le ciel. Les cloches rentraient de leur voyage.
« Regarde ! » dit le Poussin.
Un petit éclair doré tomba derrière le vieux pommier. Le Lapin ouvrit sa besace et consulta sa liste.
« Il nous manque le dernier œuf. Celui qui brille comme un rayon de soleil. »
Ils coururent jusqu’au pommier. Ils regardèrent dans l’herbe, sous les pâquerettes et même derrière un arrosoir. Rien.
« Un œuf doré ne peut pourtant pas disparaître ! » souffla le Poussin.
Le Lapin s’accroupit. Sur une feuille, une goutte de rosée brillait d’un éclat jaune.
« Disparaître, non, dit-il. Mais rouler, peut-être. »
Le Poussin se pencha à son tour. Entre deux touffes d’herbe, une fine trace traversait la terre humide.
La trace passait sous les branches basses du pommier. Le Poussin voulut la suivre, mais son chapeau resta accroché à une brindille.
« Attends-moi, mon chapeau voyage moins vite que toi ! »
Le Lapin décrocha doucement la paille. Puis ils avancèrent jusqu’au carré de tulipes. Là, la trace s’arrêtait.
« On a perdu l’œuf une deuxième fois », dit le Poussin.
Une coccinelle traversa une tulipe rouge. Le Poussin leva les yeux pour la regarder et aperçut, sur un pétale, un minuscule point doré.
« Il est passé par ici ! Il a laissé un peu de son or ! »
Le Lapin observa le sol. Au pied des tulipes, la terre descendait vers l’allée. Une chose ronde avait pu glisser par là.
Ils suivirent la pente. Près d’un pot de menthe, ils trouvèrent une empreinte circulaire dans la poussière, puis une autre. L’œuf avait fait de petits bonds.
« Ploc, ploc, ploc ! » fit le Poussin en sautillant.
Son dernier bond l’amena devant la haie. Une plume noire et brillante y était prise entre deux feuilles. De l’autre côté, on entendit un doux « tchip-tchip ».
Le Lapin écarta deux branches de la haie. Derrière, un merle sautillait sur le bord d’une petite clairière. Il avait le bec jaune et les plumes noires qui luisaient au soleil.
« Bonjour, dit le Lapin. As-tu vu passer un œuf doré ? »
Le merle pencha la tête. Puis il sautilla vers le fond du jardin. Le Poussin et le Lapin le suivirent, en prenant garde aux jeunes pousses.
Le merle s’arrêta sous un buisson de chèvrefeuille. Tout près du sol, entre les branches basses, se trouvait un nid. Une merlette y était installée, bien au creux des brindilles. Et contre elle brillait l’œuf doré.
« Il est là ! » chuchota le Poussin.
La merlette entrouvrit une aile. À côté de l’œuf doré, deux petits merles dormaient, le bec caché sous leurs plumes.
« Il a roulé jusqu’ici pendant que nous nourrissions les petits, expliqua le merle. Il était tout froid. »
« Alors je l’ai gardé au chaud », ajouta la merlette.
Le Lapin sourit. « C’était gentil. Nous le cherchions pour la fête de Pâques. Est-ce que je peux le reprendre ? »
« Bien sûr », répondit la merlette. Elle souleva son aile, et le Lapin tendit les pattes. Le nid n’était pas haut. Avec beaucoup de soin, il prit l’œuf doré et le glissa dans sa besace.
Le Poussin regarda les deux petits merles. Ils dormaient toujours.
« On leur a fait beaucoup de bruit ? » demanda-t-il tout bas.
« Ils ont l’habitude, dit le merle. Leur mère chante même quand ils font la sieste. »
La merlette poussa quelques notes légères. Les petits ne bougèrent pas d’une plume.
Le Lapin et le Poussin remercièrent la famille, puis reprirent le chemin du pommier. La besace faisait un joli bruit à chaque pas : toc, toc, toc.
Au pied de l’arbre, le Lapin cacha l’œuf doré dans un creux tapissé de mousse. Le Poussin posa une pâquerette juste à côté.
« Comme ça, on saura où il est », dit-il.
Ils reculèrent pour admirer leur cachette. La pâquerette était facile à voir. L’œuf, lui, ne l’était pas du tout.
À cet instant, les premiers enfants entrèrent dans le jardin. Le Poussin retint un petit rire sous son chapeau. Au-dessus de la haie, un merle se mit à chanter.
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