6-9 ans
Le jardin des œufs enrubannés
Au matin de Pâques, le Lapin de Pâques et le Poussin au chapeau de paille découvrent un jardin où les œufs décorés poussent comme de drôles de petits fruits.
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Au matin de Pâques, le Lapin de Pâques trottait sur le sentier, sa besace contre le flanc et son foulard bleu dansant au vent. À côté de lui sautillait un petit poussin jaune, coiffé d’un chapeau de paille un peu trop grand pour sa tête.
Au-dessus d’eux, les cloches volaient dans le ciel clair. Elles tintaient doucement, ding, dong, comme si elles semaient des notes parmi les nuages.
« Écoute, Lapin ! » dit le Poussin. « On dirait qu’elles nous appellent. »
Le sentier les conduisit jusqu’à une vieille grille couverte de lierre. Derrière, il y avait un jardin qu’ils ne connaissaient pas. Les tulipes rouges, les jonquilles jaunes et les fleurs de pommier s’ouvraient au soleil.
Mais quelque chose brillait entre les pétales.
Des œufs décorés étaient accrochés aux fleurs comme de petits fruits ! Certains portaient des pois bleus, d’autres des rayures roses ou des rubans verts. Ils se balançaient doucement dans la brise.
« Ils sont magnifiques », murmura le Poussin. « Il faut les apporter aux enfants. »
Le Lapin tendit la patte vers un œuf doré. À peine le toucha-t-il qu’une tulipe pencha la tête.
« Doucement », chuchota-t-il. « Nous ne devons pas froisser les fleurs. »
Soudain, une petite voix monta d’une feuille de capucine.
« Pour les décrocher, il faut d’abord regarder comment ils sont attachés. »
C’était Miette la coccinelle. Elle portait sept petits points noirs et avançait avec beaucoup de sérieux.
« Celui-ci est noué à la tige, expliqua-t-elle. Celui-là s’est pris dans les pétales. Et celui qui brille là-bas est suspendu à une branche de lilas. »
Le Poussin approcha son bec d’un œuf rayé.
« Je peux tirer tout doucement ? »
« Pas encore », répondit Miette. « Les fleurs sont chatouilleuses. Si tu tires au mauvais endroit, elles pourraient se refermer. »
Près du carré de menthe, un vieil arrosoir bosselé remua son anse.
« Hum, hum », fit-il. « Moi, je connais les nœuds qui ont passé la nuit au jardin. »
« Tu es Boulon ? » demanda le Lapin.
« Boulon, c’est mon nom. J’ai rouillé sous trois pluies, mais mes yeux voient encore très bien. »
Boulon leur montra une fine boucle de ruban coincée dans une rose.
« Il ne faut pas tirer sur l’œuf. Il faut desserrer la boucle. Et pour cela, il faut maintenir la tige avec une feuille souple. »
Miette grimpa sur la rose. Le Poussin posa une feuille sous la fleur. Le Lapin approcha ses longues oreilles pour mieux entendre les conseils.
Le travail commença.
Pour le premier œuf, Miette indiqua le petit nœud caché sous une feuille. Le Lapin le desserra avec le bout de sa patte. Le Poussin soutint la tige avec sa feuille. L’œuf descendit sans même faire trembler la tulipe.
« Un dans la besace », dit le Lapin en le déposant avec soin.
Le deuxième œuf était pris dans les pétales d’un coquelicot. Boulon proposa une idée.
« Verse une goutte d’eau au pied de la fleur. Quand sa tige se redressera, les pétales auront plus de place. »
Boulon fit couler une toute petite goutte. Le coquelicot se redressa lentement. Miette dégagea le ruban, et le Lapin attrapa l’œuf avant qu’il ne roule dans l’herbe.
Puis ils arrivèrent devant le plus gros œuf du jardin. Il était accroché à un rosier blanc par un long ruban bleu. Le vent le balançait de plus en plus fort.
« Il va tomber ! » s’écria le Poussin.
Le Lapin ne tira pas. Il réfléchit. Puis il sortit de sa besace une petite clochette.
« Les cloches volantes aiment le tintement. Peut-être qu’elles peuvent nous aider. »
Il fit sonner la clochette. Les grandes cloches descendirent en tournoyant. Leur souffle léger fit monter le ruban au-dessus des épines. Miette le guida entre les branches, tandis que Boulon arrosait doucement la terre pour que le rosier reste bien droit.
Le Lapin attrapa enfin l’œuf. Pas une épine ne toucha un pétale.
Quand le soleil monta plus haut, la dernière fleur s’ouvrit. Elle portait un œuf couvert de petites cloches peintes.
« Celui-là a besoin d’un dernier conseil », dit Miette.
Elle montra un ruban caché au cœur de la fleur. Le Poussin souffla doucement, juste assez pour écarter les pétales. Boulon inclina son bec verseur afin que deux gouttes brillent sur la tige. Alors le ruban se détendit.
Le Lapin défit le nœud. L’œuf glissa dans ses pattes et tinta comme une minuscule fête.
À cet instant, toutes les cloches du ciel sonnèrent ensemble. Les fleurs se balancèrent, les rubans dansèrent et les œufs restés dans le jardin brillèrent au soleil.
Le Lapin rangea les œufs dans sa besace. Il en laissa quelques-uns sur les fleurs, car le jardin avait l’air heureux de les garder.
« Merci, Miette. Merci, Boulon. »
« Revenez quand les fleurs auront encore besoin d’attention », répondit la coccinelle.
Boulon fit glouglou, très fier de ses vieilles gouttes.
Puis le Lapin et le Poussin reprirent le sentier. Le chapeau de paille du Poussin était de travers, le foulard bleu du Lapin flottait derrière lui, et la besace tintait à chaque pas.
Dans le jardin, les œufs enrubannés se balançaient doucement comme de petits fruits de Pâques.
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