3-6 ans

Le secret de la brouette fleurie

À quelques jours de Pâques, une brouette voyageuse entraîne trois amis sur la piste d’un tout petit jardinier.

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Dans le jardin du Lapin de Pâques, les tulipes ouvraient leurs corolles. Les jonquilles se balançaient. Tout sentait l’herbe fraîche et la fête prochaine.

Le Lapin, brun comme une noisette, noua son foulard bleu et passa sa besace en bandoulière. Il avait beaucoup à préparer : des œufs à décorer, des rubans à nouer, des cachettes à choisir.

Mais devant le potager, il s’arrêta.

« Tiens… Ma brouette était sous le pommier hier soir. »

Elle se trouvait maintenant près des radis, toujours pleine de pots fleuris.

Le Poussin arriva, son chapeau de paille légèrement de travers.

« Tu l’as déplacée ? demanda le Lapin.

– Non. Je dormais dans ma corbeille. Avec mon chapeau sur le ventre. »

Ils remirent la brouette sous le pommier, puis passèrent la journée à peindre des œufs.

Le lendemain, elle attendait près des fraisiers.

« Une brouette qui se promène ! » souffla le Poussin.

Sur le chemin, trois pétales roses formaient une petite ligne.

Le Lapin s’accroupit.

« Ce soir, nous regarderons où elle va. »

Quand le jardin devint tout bleu sous le ciel du soir, les deux amis s’installèrent derrière un groseillier.

Le Poussin avait apporté une couverture et deux biscuits.

« Pour patienter », expliqua-t-il.

Un petit tas de terre remua près d’eux. Miette la taupe en sortit le museau.

« Vous cherchez quelque chose ? demanda-t-elle.

– Nous surveillons une brouette, répondit le Lapin.

– Alors, regardez : elle a déjà tourné au bout de l’allée. »

Ils avaient croqué leurs biscuits sans rien entendre !

Le Lapin ramassa un pétale. Un autre brillait sur une dalle. Plus loin, une fleur avait laissé une poussière jaune.

Miette posa une patte sur la terre.

« La roue passe par ici. Je sens ses petits bonds. »

Ils avancèrent ensemble. Le Poussin repérait les pétales clairs. Le Lapin écartait les branches. Miette retrouvait la trace quand elle quittait le chemin.

Près de la vieille barrière, ils entendirent enfin :

« Houp… encore un peu… houp ! »

Le bout d’un petit bec vert dépassait derrière la brouette.

C’était Lulu, le petit arrosoir vert de la remise. Il poussait la brouette avec son bec, puis s’arrêtait pour souffler.

« Lulu ? Mais que fais-tu là ? » demanda le Lapin.

L’arrosoir inclina son anse.

« Je prépare mon coin pour la fête. »

Derrière la barrière, un carré de terre entourait un vieux banc. Lulu y avait disposé quelques cailloux, une pâquerette et deux coquilles d’escargot vides.

« Ici, personne ne vient jamais, murmura-t-il. Je voulais apporter des fleurs. Mais les pots sont lourds ! La première nuit, j’ai réussi à pousser la brouette jusqu’aux radis. La suivante, jusqu’aux fraisiers. Chaque soir, je recommence… et cette fois, j’y suis presque ! »

Le Poussin regarda les gros pots, puis le minuscule arrosoir.

« Tout seul ?

– Je voulais que ce soit joli quand les cloches passeraient. Moi aussi, j’aimerais participer. »

Le Lapin posa doucement une patte sur son anse.

« Tu veux nous montrer où mettre les fleurs ? »

Lulu releva son bec.

« Vous voulez bien rester ?

– Jusqu’à la dernière pâquerette », répondit le Poussin.

Miette renifla la terre.

« Elle est parfaite pour planter. Je peux faire les trous ! »

Miette creusa. Le Lapin sortit les plantes de leurs pots. Le Poussin tassa la terre avec ses petites pattes.

Pour l’arrosage, le Lapin porta Lulu jusqu’au robinet du jardin. Il le remplit d’eau, ferma le robinet, puis le rapporta près des fleurs.

Floc, floc, floc ! Une pluie fine mouilla les racines.

Bientôt, le vieux banc fut entouré de fleurs.

« Il manque quelque chose », dit le Poussin.

Il courut chercher les œufs décorés. Ils en glissèrent entre les feuilles, sous le banc et derrière les cailloux. Le Lapin noua un ruban bleu à l’anse de Lulu.

Au matin de Pâques, les cloches traversèrent le ciel. Leurs rubans dansaient au-dessus du jardin.

Les amis s’assirent près des tulipes pour partager une brioche. Lulu, installé à côté du banc, brillait au soleil.

« Et la brouette ? demanda Miette.

– Elle peut se reposer », répondit le Lapin.

Le Poussin bâilla sous son chapeau.

« Moi aussi. »

Il se blottit contre la besace du Lapin.

Une brise fit tomber un pétale rose sur son bec. Cette fois, personne n’eut besoin de le suivre.

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