6-9 ans

Le secret du ruisseau chantant

Au matin de Pâques, le Lapin de Pâques et son ami, un petit poussin, suivent un ruisseau qui murmure une chanson sans paroles.

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Le matin de Pâques, le jardin brillait comme une boîte de trésors. Des œufs décorés se cachaient sous les tulipes, les cloches volaient dans le ciel bleu et les fleurs ouvraient leurs pétales au soleil.

Le Lapin de Pâques avançait doucement entre les herbes. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une grande besace pleine d’œufs colorés.

À côté de lui sautillait un poussin jaune coiffé d’un chapeau de paille.

Tout à coup, ils entendirent une petite chanson.

L’eau glissait sur les pierres en murmurant :

La la la… la la…

Mais il n’y avait aucun mot.

Le poussin pencha la tête.

« Tu entends ça ? »

« Oui, répondit le Lapin. C’est le ruisseau. On dirait qu’il chante. »

« Alors suivons-le ! Peut-être qu’il connaît une chanson secrète de printemps. »

Ils longèrent le petit cours d’eau. Il brillait entre les pâquerettes et les brins d’herbe tendre. Au détour d’un buisson, une grenouille verte leur fit signe depuis une feuille de nénuphar.

« Bonjour, Miette ! » dit le poussin.

« Bonjour, vous deux. Vous cherchez le secret de Gazou ? »

« Gazou ? » demanda le Lapin.

« C’est le nom du ruisseau. Il chante depuis toujours. Mais ce matin, sa chanson est toute petite. Il lui manque quelque chose. »

Le Lapin posa sa besace.

« Nous allons l’aider. »

Miette les conduisit jusqu’à la source. Elle jaillissait d’un petit rocher couvert de mousse, au pied d’un vieux pommier. Gazou coulait autour de la pierre en faisant de minuscules ronds.

La chanson était douce, mais elle s’arrêtait parfois.

La la… la…

« Je me sens incomplet », murmura Gazou. « Le vent a emporté trois pétales de ma fleur de source. Sans eux, ma chanson ne peut pas danser. »

Près de l’eau poussait une grande fleur blanche, semblable à une étoile. Trois pétales manquaient à sa corolle.

« Nous allons les retrouver », dit le Lapin.

Le premier pétale était posé sur une branche basse, au-dessus du ruisseau. Le poussin voulut l’attraper, mais la branche était trop haute.

Le Lapin regarda autour de lui. Il prit son foulard bleu, le noua à une longue brindille et forma une sorte de petite canne. Avec précaution, il accrocha le pétale.

« Doucement… encore un peu… » souffla le poussin.

Le pétale descendit sans se déchirer.

Le deuxième avait atterri dans un buisson aux feuilles serrées. Miette s’approcha en les écartant avec ses pattes.

« Je vois quelque chose ! » croassa-t-elle.

Le poussin passa son petit bec entre deux branches et repoussa une feuille. Le pétale glissa aussitôt jusqu’à l’herbe.

Il ne restait plus qu’un pétale. Mais le vent l’avait emporté très loin, au-delà du jardin.

Le Lapin et le poussin suivirent les traces légères du vent. Elles les menèrent jusqu’au potager, puis jusqu’à la vieille barrière du jardin.

Là, sur une petite toile d’araignée brillante de rosée, le troisième pétale tremblait comme une voile.

« Il est coincé », dit le poussin.

La toile était très fine. Si le Lapin tirait trop fort, le pétale risquait de s’envoler encore.

Le poussin ôta son chapeau de paille.

« J’ai une idée. »

Il posa son chapeau contre la barrière pour protéger le pétale du vent. Puis le Lapin glissa doucement une brindille sous la toile. Miette arriva en sautant et souffla tout doucement.

Ffff…

La toile se souleva juste assez. Le pétale se détacha et tomba dans le chapeau.

« Nous l’avons ! » murmura le poussin, tout heureux.

Ils rapportèrent les trois pétales à la source. Le Lapin les plaça autour de la fleur blanche. Le premier pétale retrouva sa place près du ruisseau. Le deuxième se posa sous une goutte brillante. Le troisième se redressa dans la lumière.

Alors Gazou se mit à couler plus vite.

La la la… la la…

Sa chanson monta entre les arbres. Elle fit frissonner les jonquilles, danser les herbes et tinter les cloches qui passaient dans le ciel.

Pourtant, il manquait encore quelque chose.

« Pourquoi ta chanson s’arrête-t-elle ? » demanda le Lapin.

Gazou murmura : « Une chanson de printemps n’est jamais faite d’une seule note. »

Miette croassa une petite note ronde. Le poussin siffla une note claire. Le Lapin tapa doucement des pattes dans la terre humide.

La source les écouta, puis ajouta son murmure.

La chanson devint alors grande et joyeuse.

Le ruisseau chantait son murmure. Miette ajoutait sa note ronde. Le poussin sifflait comme un petit oiseau. Le Lapin faisait danser ses pieds dans la terre.

Même les fleurs semblaient chanter. Les cloches volantes tintaient au-dessus du jardin et chaque œuf décoré brillait comme une petite lune colorée.

Gazou riait dans les pierres.

« Voilà mon secret, dit-il. Le printemps chante quand chacun apporte sa petite note. »

Le poussin regarda son chapeau de paille, puis le Lapin et Miette.

« Même une toute petite note ? »

« Surtout les petites notes », murmura le ruisseau.

Le Lapin ouvrit sa besace. Il en sortit trois œufs décorés : un bleu, un jaune et un vert.

« Ces œufs sont pour vous. Vous m’avez aidé à retrouver la chanson. »

Miette choisit le vert. Le poussin prit le jaune. Le Lapin garda le bleu contre son foulard.

Le soleil descendait doucement derrière les pommiers. Dans le jardin, les cloches faisaient encore quelques tours, puis s’éloignaient vers les maisons.

Le Lapin, le poussin et Miette restèrent un moment près de la source. Ils écoutaient Gazou chanter sans paroles, avec le vent dans les branches et les abeilles dans les fleurs.

Puis le poussin remit son chapeau.

« À demain, Gazou. »

« À demain », murmura le ruisseau.

Et sur le chemin du retour, le Lapin et le poussin fredonnèrent chacun leur petite note, juste assez fort pour que le jardin entende le printemps.

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