La grande récolte de rosée

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Le matin de Pâques, le jardin brillait comme un panier rempli de trésors. Les tulipes ouvraient leurs corolles rouges, les jonquilles penchaient leur petite tête jaune, et les cloches volaient dans le ciel en faisant tinter leur joyeux dring, dring.

Le Lapin de Pâques avançait entre les plates-bandes. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une besace pleine d’œufs décorés. À ses côtés sautillait le Poussin jaune au chapeau de paille.

Soudain, le poussin s’arrêta.

« Regarde ! Les fleurs n’ont plus une seule goutte de rosée. »

C’était vrai. Les pétales étaient tout secs. Même la grande rose blanche, qui brillait d’habitude comme une étoile, avait l’air triste.

Le Lapin posa sa besace dans l’herbe.

« Le soleil va bientôt se lever au-dessus des arbres. Si nous ne retrouvons pas la rosée avant, elle disparaîtra pour toute la matinée. »

Le Poussin serra les bords de son chapeau.

« Alors, il faut vite la chercher ! »

Ils prirent de petites coquilles vides, gardées pour décorer les œufs de Pâques, et partirent dans le jardin.

Le Lapin regarda sous les feuilles. Le Poussin inspecta les brins d’herbe. Ils trouvèrent une goutte près d’un caillou, puis une autre sur une feuille de menthe. Mais les coquilles restaient presque vides.

« La rosée ne s’est pas envolée toute seule », dit une petite voix.

Mirette la coccinelle sortit d’une feuille de capucine. Elle portait deux minuscules lunettes rondes et connaissait chaque recoin du jardin.

« Cette nuit, le vent a soufflé si fort que les gouttes ont roulé partout. J’en ai vu quelques-unes près du vieux rosier. »

Tous les trois se mirent à chercher. Mirette grimpait sur les tiges et montrait les gouttes cachées sous les feuilles. Le Lapin les recueillait doucement dans les coquilles. Le Poussin tenait les coquilles bien droites entre ses ailes.

Tout à coup, une ombre légère passa sur le jardin.

« C’est Perlin ! » s’écria Mirette.

Un petit nuage blanc descendit entre les branches.

« Je peux vous aider, dit Perlin. Je vais couvrir les fleurs pour que le soleil attende un peu. Mais je ne peux pas rester longtemps au-dessus du jardin. »

« Alors, faisons vite », répondit le Lapin en ajustant son foulard bleu.

Perlin glissa lentement au-dessus des plates-bandes. Son ombre douce rafraîchit les tulipes et les jonquilles. Le Lapin courut jusqu’au vieux rosier. Le Poussin suivit avec ses coquilles, sans renverser une seule goutte.

Sous une feuille, Mirette découvrit une grande perle de rosée.

« Celle-ci ira dans la rose blanche ! »

Mais la goutte était trop grosse pour une coquille. Le Lapin eut une idée. Il sortit de sa besace un petit brin de paille creux, qu’il gardait pour attacher les rubans des œufs.

« Nous allons la faire glisser doucement », dit-il.

Mirette guida la goutte avec ses petites pattes. Le Poussin plaça une coquille au bout de la paille. La perle descendit, lentement, sans tomber.

« Encore un peu… voilà ! » murmura le Poussin.

La coquille se remplit.

Ils continuèrent ainsi jusqu’à ce que toutes les petites coquilles soient brillantes. Même les cloches, dans le ciel, semblèrent sonner plus doucement pour les encourager.

Quand Perlin commença à devenir transparent, le Lapin leva les yeux.

« Merci, Perlin. Tu peux te reposer maintenant. »

Le nuage sourit et monta vers le ciel. Alors, le Lapin et le Poussin se placèrent devant la rose blanche.

Le Lapin versa les gouttes sur les pétales. Le Poussin fit de même pour les tulipes, les jonquilles et les petites violettes cachées près de la clôture. Mirette courut de fleur en fleur pour vérifier que chacune avait reçu sa perle.

Peu à peu, le jardin retrouva son éclat. Les pétales se redressèrent. Les couleurs devinrent plus vives. La rose blanche se couvrit de lumière et sembla porter un collier de diamants.

Le soleil apparut enfin derrière les arbres.

« Nous avons réussi juste à temps », souffla le Poussin.

Le Lapin sortit alors les œufs de sa besace. Avec Mirette, il les cacha entre les fleurs encore brillantes. Le Poussin en plaça un dans un nid de mousse, sous la rose blanche.

Dans le ciel, les cloches firent trois grands tours avant de repartir au loin.

Tous s’assirent dans l’herbe pour regarder le jardin scintiller. Perlin flottait au-dessus d’eux comme un petit nuage de coton.

Le Lapin partagea des brins de carotte, et le Poussin offrit à chacun une coquille vide, décorée d’un point de couleur.

Puis le jardin s’emplit de chants d’oiseaux. C’était un matin de Pâques doux et lumineux, avec des amis réunis et des fleurs qui gardaient, au creux de leurs pétales, un peu de ciel en souvenir.

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