La pluie de confettis
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Au bord du village, dans une clairière pleine de pâquerettes, le Lapin de Pâques préparait sa tournée. Il était brun, doux comme une peluche, avec un foulard bleu autour du cou. Sa grande besace était remplie d’œufs colorés, rangés avec soin. Il y avait des œufs rouges, verts, violets et dorés.
À côté de lui, le Poussin jaune portait son chapeau de paille, un peu trop grand pour sa tête. Il tenait une petite liste dans son aile.
« Tout est prêt ? » demanda le Lapin.
« Presque ! Il reste les œufs de la famille Renard et ceux de la boulangère », répondit le Poussin.
Le Lapin souleva un œuf bleu à pois blancs. Il sourit.
Soudain, une goutte tomba sur son nez. Puis une autre sur son oreille. Puis dix, puis cent.
Le ciel se couvrit d’un grand nuage gris. Une pluie douce se mit à tomber. Mais ce n’était pas une pluie ordinaire. Elle brillait comme de minuscules confettis.
« Quelle drôle d’averse ! » murmura le Poussin.
Sous les gouttes scintillantes, les couleurs des œufs commencèrent à couler.
En quelques minutes, les œufs ne ressemblaient plus aux beaux trésors de tout à l’heure. Le rouge devenait rose pâle. Le vert glissait en longues traînées sur les coquilles. Les pois disparaissaient dans de petites flaques brillantes.
Le Lapin referma vite sa besace et courut se mettre sous un vieux pommier. Le Poussin le suivit en tenant son chapeau à deux ailes.
« Oh là là… Les œufs sont tout décolorés », dit-il.
Le Lapin sortit un œuf violet. Il n’était plus violet du tout. Il était blanc, avec une minuscule tache mauve sur le côté.
« Nous ne pouvons pas les offrir comme ça », soupira le Lapin. « Les enfants attendent leurs œufs pour la chasse de demain. »
Le Poussin regarda autour de lui. La pluie tombait toujours, légère et brillante. Entre les nuages, un rayon de soleil apparut sur la colline.
« Et si on les faisait sécher là-bas ? » proposa-t-il.
Le Lapin suivit son regard. La colline était baignée de lumière.
« Bonne idée. À deux, nous irons plus vite. »
Ils installèrent les œufs dans la besace, puis avancèrent prudemment dans l’herbe mouillée.
Sur la colline, le soleil chauffait les pierres plates. Le Lapin les essuya avec un coin de son foulard bleu. Le Poussin posa les œufs dessus, un par un, en laissant de la place entre eux.
« Celui-ci près de la marguerite ! Celui-là à côté du trèfle ! » disait-il.
Bientôt, les coquilles humides brillèrent dans la lumière. Les dernières gouttes glissèrent doucement jusqu’au bord des pierres.
Le Lapin s’assit dans l’herbe.
« Ils sont secs. Mais ils sont presque tout blancs. »
Le Poussin pencha la tête. Autour d’eux, la colline était pleine de jolies choses. Il y avait des feuilles fines, de petits cailloux lisses et des pissenlits dont les graines semblaient danser dans l’air.
« On pourrait les décorer autrement », dit-il.
Le Lapin prit une petite feuille de lierre et la posa sur un œuf.
« Comme ça ? »
« Oui. Et on peut faire une coquille ici. Puis une étoile là. »
Ils cherchèrent des formes sans arracher les plantes. Le Poussin trouva de petites feuilles tombées au sol. Le Lapin ramassa des cailloux lisses et quelques pétales.
Sur les œufs, ils dessinèrent des motifs délicats. Les coquilles blanches devinrent des jardins miniatures.
Le travail dura toute l’après-midi. Le Lapin dessinait des feuilles en spirale. Le Poussin ajoutait de petites étoiles, parfois un peu de travers. Sur un œuf, ils firent une couronne de cailloux. Sur un autre, un chemin de feuilles vertes. Le plus petit reçut trois étoiles dorées et une jolie tache en forme de nuage.
Quand le dernier œuf fut terminé, le ciel devint rose au-dessus du village.
Le Lapin rangea les œufs dans sa besace, en les séparant avec de la paille bien sèche. Le Poussin remit son chapeau, qui avait retrouvé sa forme grâce au soleil.
« Ils ne sont pas comme ceux du matin », dit le Lapin.
« Non », répondit le Poussin. « Ils sont devenus nouveaux. »
Ils descendirent la colline côte à côte. Dans les maisons, on préparait déjà les paniers de la chasse aux œufs. La boulangère ouvrit sa fenêtre et sentit l’odeur du pain chaud.
Le lendemain, les enfants découvrirent des œufs couverts de feuilles, de petits cailloux et d’étoiles. Certains les observèrent longtemps avant de les cacher dans l’herbe.
Et, dans la besace du Lapin, il resta un tout petit œuf blanc avec une tache mauve. Le Poussin le garda pour lui, juste parce qu’il le trouvait joli.
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