La sieste des clochettes
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Au matin de Pâques, le Lapin de Pâques trottait entre les pâquerettes. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une besace pleine d’œufs colorés.
À côté de lui sautillait son ami le Poussin jaune, coiffé d’un grand chapeau de paille.
« Les maisons ne doivent plus être très loin », dit le Lapin en consultant sa carte.
Pourtant, le chemin se divisait en trois sentiers. D’habitude, les petites clochettes accrochées aux branches indiquaient la bonne route. Il suffisait de suivre leur joyeux tintement.
Le Lapin tendit l’oreille.
Rien.
Pas un ding. Pas un dong. Même pas un tout petit tiling.
Sur une branche basse, une clochette dormait, la tête penchée contre son ruban. Une autre somnolait dans un buisson de thym. Une troisième ronflait doucement sous une feuille de capucine.
« Les clochettes font la sieste », chuchota le Poussin.
Le Lapin regarda les trois chemins, puis les œufs dans sa besace.
« Sans elles, impossible de savoir où aller. »
Le Poussin redressa son chapeau.
« Alors, il faut les réveiller avec délicatesse. »
Le Poussin réfléchit si fort que son chapeau glissa sur son bec. Il le remit en place, puis tapa doucement du bout de son aile sur une pierre.
Tic.
Le son était léger, rond et clair.
« J’ai une idée », dit-il. « Je vais chanter une chanson qui ressemble au bruit des clochettes. »
Il prit une grande inspiration et chanta :
« Petit soleil, lève-toi, Ding dans l’herbe, dong dans le bois. Un pas ici, deux pas tout bas, La bonne route est devant toi ! »
Sa voix n’était pas très forte, mais elle dansait entre les fleurs. Une brise fit frissonner les herbes. Le Lapin sourit et balança ses longues oreilles au rythme de la chanson.
Sur la branche, la première clochette bougea.
Tlin...
Le Poussin s’arrêta, les yeux brillants.
« Tu as entendu ? »
Tlin, tlin...
La clochette ouvrit un petit œil brillant et reprit le refrain d’une voix fine :
« Ding dans l’herbe, dong dans le bois ! »
Le Lapin fit un pas vers le sentier de gauche.
« Voilà un chemin qui se réveille. »
Mais au loin, les autres clochettes dormaient encore, cachées parmi les feuilles.
Le Poussin suivit le Lapin sur quelques pas, puis s’arrêta près d’un buisson de menthe.
« On continue ? » demanda le Lapin.
« On continue en chantant ! » répondit le Poussin.
Il reprit sa chanson, un peu plus haut :
« Petit soleil, lève-toi, Ding dans l’herbe, dong dans le bois. Un pas ici, deux pas tout bas, La bonne route est devant toi ! »
La première clochette répondit depuis la branche :
« Tlin, tlin ! »
Alors, sous la feuille de capucine, une autre clochette remua.
« Dong... dong... »
Elle se balança de plus en plus vite. Dans le buisson de thym, la clochette endormie leva à son tour son petit nez et ajouta :
« Tling ! »
Bientôt, le son passa d’un arbre à l’autre. Une clochette réveilla sa voisine, qui réveilla celle d’après. Tout le chemin se mit à résonner de tintements.
Le Lapin avançait prudemment. À chaque tournant, les clochettes indiquaient la direction. Sa besace se balançait contre sa patte, et les œufs faisaient toc, toc, toc.
« Écoute, elles nous montrent la route », dit-il.
Le Poussin fit une petite révérence.
« Elles avaient seulement besoin d’une chanson pour se souvenir de leur musique. »
Le sentier monta une dernière fois entre deux rangées de jonquilles. Au sommet de la colline, les maisons apparurent, avec leurs fenêtres rondes et leurs jardins fleuris.
Le Lapin poussa un soupir heureux.
« Nous y sommes ! »
Comme pour fêter leur arrivée, toutes les clochettes du chemin se mirent à chanter ensemble.
Tlin, tlin, tlin !
Ding dans l’herbe !
Dong dans le bois !
Le Poussin tournoya sous son chapeau de paille. Le Lapin ouvrit sa besace et sortit le premier œuf, bleu comme son foulard. Puis un œuf rose, un jaune, un vert et un violet.
« Il en reste assez pour toutes les maisons », dit-il.
Les clochettes continuèrent leur musique légère pendant qu’ils descendaient vers les jardins. Certaines sonnaient vite, d’autres lentement. Une petite clochette, encore à moitié endormie, faisait seulement :
« Tlin... tlin... »
Le Poussin lui répondit doucement :
« Prends ton temps. La chanson ne s’envole pas. »
Alors la clochette se balança à son tour.
Tlin, tlin, tlin !
Et, dans le matin doré, le Lapin de Pâques et le Poussin jaune avancèrent de maison en maison, guidés par une joyeuse pluie de tintements.
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