Le printemps à petits pas

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Le matin de Pâques, le Lapin de Pâques trottait dans les prés. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une grande besace pleine d’œufs décorés.

Au-dessus de lui, les cloches volaient dans le ciel. Elles tintaient doucement en laissant tomber de petites gouttes de lumière.

Le Lapin s’arrêta devant la maison du Poussin jaune. Le Poussin portait son joli chapeau de paille, un peu trop grand pour sa tête.

« Bonjour, Poussin ! Tu viens m’aider à cacher les œufs ? »

« Oui ! Mais d’abord, regarde ce que j’ai trouvé dans ta besace. »

Le Lapin plongea une patte dans son sac. Entre un œuf couvert de pois rouges et un autre peint comme un tournesol, il sentit quelque chose de dur.

C’était une graine ronde, brune et brillante.

« Je ne me souviens pas de l’avoir mise là », dit le Lapin.

Le Poussin pencha la tête.

« Tu crois qu’elle donnera une fleur ? »

« Peut-être. Cherchons-lui un bon coin de jardin. »

À ce moment-là, une petite taupe sortit de terre. C’était Zélie, avec son nez rose et son tablier rouge couvert de poussière.

« J’ai entendu parler d’une graine mystérieuse », dit-elle. « Je connais tous les coins du jardin. »

Tous les trois partirent à petits pas, en faisant attention de ne pas écraser les pâquerettes.

Le premier coin choisi se trouvait près de la barrière. La terre y était douce et noire.

Zélie creusa un petit trou. Le Lapin y posa la graine. Le Poussin recouvrit le tout avec trois pincées de terre.

Puis ils attendirent.

Une minute passa. Puis deux.

Le Poussin se pencha si près du sol que le bord de son chapeau toucha la terre.

« Elle ne pousse pas. »

« Peut-être qu’elle a besoin d’un peu plus d’eau », dit le Lapin.

Ils versèrent une goutte. Puis deux. Puis une petite tasse entière.

La terre devint une flaque.

« Oups », murmura le Poussin.

Ils déplacèrent alors la graine près du vieux pommier, à l’abri du vent. Le Lapin fit un trou plus profond. Zélie ajouta du compost. Le Poussin planta une petite pancarte où l’on pouvait lire : GRAINE, POUSSE !

Ils attendirent encore.

Le Poussin tapota la terre.

« Allez, petite graine. Réveille-toi. »

Rien ne bougea.

« Peut-être qu’elle n’aime pas le pommier », pensa le Lapin.

Ils essayèrent près du bassin, puis contre le mur chaud de la maison. Chaque fois, ils creusaient, arrosaient et regardaient la terre avec impatience.

Au troisième essai, le Poussin se mit à soupirer.

« Nous faisons tout ce qu’il faut, alors pourquoi rien n’arrive ? »

Zélie frotta ses moustaches de terre.

« Peut-être que nous faisons trop. »

Le Lapin regarda la petite graine posée dans sa patte. Elle semblait plus légère qu’au début, comme si elle était fatiguée de voyager.

Zélie les conduisit dans un coin tranquille, derrière les herbes hautes. Là, une vieille pierre plate gardait la chaleur du soleil. Des violettes poussaient autour, sans bruit.

« Ici, la terre est bonne », dit la taupe. « Et personne ne vient la déranger. »

Le Lapin creusa un petit trou, pas trop profond. Il y déposa la graine avec soin.

Le Poussin apporta une seule goutte d’eau dans une coquille d’œuf.

Puis ils reculèrent.

« Combien de temps faut-il attendre ? » chuchota le Poussin.

« Je ne sais pas », répondit le Lapin. « Alors, attendons un peu. »

Ils s’assirent sous le pommier. Le Poussin ôta son chapeau pour le poser sur ses genoux. Le Lapin desserra son foulard bleu. Zélie s’allongea dans l’herbe et écouta les bruits du jardin.

Une abeille bourdonna. Une cloche tinta très loin. Le vent fit danser les jeunes feuilles.

Personne ne toucha à la graine.

Le lendemain, ils revinrent. Ils apportèrent seulement un peu d’eau et retirèrent une brindille qui cachait la terre.

Le jour suivant, ils firent la même chose.

Ils ne demandèrent pas à la graine de se dépêcher. Ils ne la tirèrent pas vers le ciel. Ils lui laissèrent du temps.

Au matin du troisième jour, une minuscule boucle verte apparut dans la terre.

« Regarde ! » souffla le Poussin.

Le Lapin sourit sans bouger.

Zélie posa doucement ses pattes contre son cœur.

La petite pousse grandit lentement, comme si elle dansait au rythme d’une chanson que seul le printemps connaissait.

Le jour de la chasse aux œufs, le jardin brillait de toutes ses couleurs. Les œufs décorés se cachaient sous les feuilles de menthe, dans les paniers et derrière les pots de fleurs.

Les cloches volaient au-dessus des arbres en tintant comme de petites cuillères d’argent.

Au coin tranquille, la graine était devenue une grande fleur. Ses pétales étaient bleus au centre, jaunes sur les bords et roses tout au bout. Ils semblaient peints avec les couleurs de Pâques.

Le Poussin tourna autour d’elle, émerveillé.

« Elle était vraiment dans ta besace ? »

« Oui », répondit le Lapin. « Mais je crois qu’elle avait surtout besoin d’un endroit où personne ne la presse. »

Zélie ajouta :

« Et d’un peu de soin, chaque jour. Pas trop. Juste ce qu’il faut. »

Le Lapin posa un œuf bleu à côté de la fleur, sans toucher à ses pétales. Le Poussin posa son chapeau de paille à côté de la fleur. Zélie installa une petite pierre pour protéger ses racines.

Puis ils allèrent cacher les derniers œufs.

Un peu plus tard, les enfants du village découvrirent la fleur et s’assirent autour d’elle. Ils parlèrent à voix basse, comme dans une bibliothèque de jardin.

Le soir venu, le Lapin partagea une brioche, le Poussin offrit des miettes sucrées et Zélie servit du thé de menthe.

La fleur se balança doucement dans le vent.

Elle avait poussé à son rythme, parmi les amis qui savaient attendre.

Et dans le jardin, le printemps continua d’avancer, tout doucement, à petits pas.

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