Le terrier aux mille portes
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Ce matin-là, le Lapin de Pâques courait dans les prés. Il était brun, portait un foulard bleu autour du cou et une grande besace pleine d’œufs colorés. À côté de lui sautillait son ami le Poussin, jaune comme un rayon de soleil, avec un chapeau de paille posé de travers.
« Vite, Lapin ! Le panier de Madame Souris est près du grand chêne ! »
« J’arrive ! J’arrive ! » répondit le Lapin en ajustant sa besace.
Pour gagner du temps, ils passèrent par un petit terrier sous la colline. Le Lapin connaissait bien ce passage. Enfin… il le connaissait presque bien.
Après quelques pas, le tunnel s’élargit. Devant eux apparurent trois portes rondes, puis cinq, puis dix. Il y en avait partout : en haut, en bas, à gauche, à droite. Certaines étaient rouges, d’autres vertes ou jaunes. Une portait une étoile, une autre une carotte, une autre encore un petit nuage.
« Tiens, je ne me souvenais pas de toutes ces portes », murmura le Lapin.
Le Poussin leva son chapeau.
« On peut demander notre chemin. »
Mais le terrier était silencieux. Le Lapin choisit une porte bleue et poussa doucement.
Derrière, le tunnel continuait. Puis il tournait. Puis il se séparait encore.
« Hum… Ce n’est pas le chemin du grand chêne », dit le Lapin.
Il ouvrit une porte jaune. Puis une porte verte. Puis une porte avec une carotte.
À chaque fois, il arrivait dans une nouvelle salle pleine de portes rondes.
Le Poussin regarda son ami.
« Je crois qu’on s’est trompés de chemin. »
Le Lapin posa sa besace sur le sol. Les œufs tintèrent doucement à l’intérieur.
« Il faut pourtant livrer les paniers avant le goûter », dit-il. « J’ai un œuf pour la famille Souris, deux pour les canetons, trois pour les écureuils et un gros œuf bleu pour la petite Chèvre. »
Il sortit les œufs et les rangea dans de petits paniers qu’il avait apportés. Chaque panier portait une étiquette : une souris, un canard, un écureuil ou une chèvre.
Puis, pour ne pas les casser, le Lapin les déposa devant une porte, le temps d’examiner les alentours.
Un courant d’air passa dans le tunnel.
Ffffff !
Les paniers glissèrent sur le sol. L’un entra par une porte rouge. Un autre roula sous une porte verte. Le panier contenant le gros œuf bleu disparut derrière une porte décorée d’un nuage.
« Oh non ! » s’écria le Lapin.
Il courut vers la porte rouge, mais elle donnait sur une salle vide. Il ouvrit la porte verte. Elle menait à une galerie pleine de petits cailloux blancs. Il poussa la porte au nuage. Derrière, il trouva quatre portes nouvelles.
Le Lapin se gratta l’oreille.
« Maintenant, je ne sais plus quel panier est où. »
Le Poussin ne répondit pas tout de suite. Il s’accroupit près du sol.
Sur la poussière, il y avait des traces. De grandes empreintes rondes, laissées par les pattes du Lapin. À côté, de minuscules marques en forme de petits traits venaient de ses propres pattes.
Le Poussin suivit une piste jusqu’à la porte rouge.
« Regarde », dit-il. « Tes traces vont par ici. Et les miennes reviennent par là. »
Le Lapin se pencha.
« Tu crois que les traces peuvent nous montrer le chemin ? »
« Je crois surtout qu’elles peuvent nous dire quelles portes nous avons déjà ouvertes. »
Le Poussin sortit de sa poche une petite plume et la trempa dans la poussière. Il dessina quatre signes sur le sol : une souris, un canard, un écureuil et une chèvre.
« Les paniers ont chacun une étiquette. Mais les portes ont aussi des signes. Peut-être qu’il faut chercher le même signe. »
« La porte à la souris n’a pas de dessin de souris », remarqua le Lapin. « Elle est simplement violette. »
Le Poussin observa les portes. Sur chacune, il y avait un petit détail presque invisible : un trait, un point, une tache de couleur.
« Et si les signes étaient cachés ? »
Il examina la porte violette. Près de la poignée, une minuscule tache ressemblait à une oreille ronde. Sur la porte orange, deux petites lignes faisaient penser à des plumes. La porte brune portait trois petits points. Quant à la porte bleue, elle avait un minuscule carré qui rappelait une corne.
« Oreilles pour la souris, plumes pour le canard, trois points pour l’écureuil et carré pour la chèvre », murmura le Poussin.
Le Lapin sourit.
« Les paniers ont les grands dessins. Les portes ont les petits indices ! »
Pour vérifier, ils suivirent la piste de pattes jusqu’à la porte violette. Derrière, ils retrouvèrent le panier de la famille Souris. Le panier était intact.
Puis ils repérèrent les traces qui partaient vers la porte orange. Elles menaient aux œufs des canetons.
« Une porte après l’autre », dit le Poussin. « Et on laisse une petite marque pour ne pas tourner en rond. »
Le Lapin prit une pincée de farine dans sa besace et dessina une flèche devant chaque porte retrouvée.
Bientôt, les quatre paniers furent alignés dans le bon ordre.
Il ne restait plus qu’à sortir du terrier.
Pour sortir, le Lapin suivit les flèches de farine. Elles passaient par une porte à pois, une porte à rayures, puis une porte avec une grande feuille peinte dessus.
« Celle-ci, je la reconnais ! » s’écria-t-il.
Il poussa la porte. Une lumière dorée entra dans le tunnel. Ils étaient de nouveau sous la colline, juste derrière le grand chêne.
Le Lapin remit les paniers dans sa besace, en les calant avec de la mousse. Le Poussin vérifia les étiquettes une dernière fois.
« Souris, canards, écureuils, chèvre. Tout est à sa place. »
« Et nous aussi », ajouta le Lapin.
Ils commencèrent leur tournée. Le panier de la famille Souris alla près d’un buisson de violettes. Celui des canetons fut posé au bord de l’étang. Les œufs des écureuils attendirent dans le creux d’un vieux tronc. Le gros œuf bleu fut déposé devant la petite maison de la Chèvre.
À chaque livraison, le Lapin racontait l’aventure du terrier aux mille portes.
« Alors, tu ne prendras plus jamais ce chemin ? » demanda le Poussin.
Le Lapin regarda son foulard bleu, puis la besace presque vide.
« Si. Mais la prochaine fois, j’apporterai une pelote de laine. »
« Pour retrouver la sortie ? »
« Pour décorer les portes. »
Le Poussin rit et son chapeau de paille sauta sur ses yeux.
Au-dessus d’eux, le soleil brillait. Dans la colline, les portes rondes attendaient déjà une nouvelle histoire.
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